Quid des indemnités de stage pour les stagiaires en 2020

Quel impact du Covid ?

Publié le 10 novembre 2020
Quid des indemnités de stage pour les stagiaires en 2020

Mardi 10 novembre, c'est la journée internationale des stagiaires. D'après l'enquête AJstage menée en mars sur l'impact du Covid-19 sur les stagiaires, 40% des jeunes interrogés ont vu leur stage annulé ou suspendu lors du confinement. Cette année, beaucoup d'établissements scolaires ont proposé des alternatives au stage. Certains secteurs ont explosé alors que d'autres se sont arrêtés. Comment l'indemnisation des stagiaires a été impactée par tous ces changements ? Qu'est-ce qu'une indemnisation insuffisante ? Quelles sont les nouvelles références ? Comment se positionner face à la concurrence ?

La société AJstage, spécialisée dans le recrutement de stagiaires, d'alternants et de jeunes diplômés, répond à ces questions grâce à une nouvelle enquête nationale sur l'indemnisation des stagiaires. Réalisée en 2020, cette enquête nationale recueille plus de 1000 réponses qui s'additionnent aux 6200 réponses recueillies depuis 2014.

Cette année, AJstage s'est concentrée sur l'évolution des indemnisations entre 2019 et 2020. C'est la première étude qui met autant l'accent sur l'impact du Covid-19, les secteurs, formations des étudiants et leur fonction au sein de l'entreprise.

Une partie de l'étude est aussi consacrée aux aides et avantages que les jeunes perçoivent lors de cette période de stage.

Une enquête à grande échelle

L'étude a été menée par téléphone sur un échantillon des candidats inscrits depuis 12 mois sur AJstage. Plus de 1000 personnes ont répondu à l'étude entre septembre et début novembre 2020.

Les répondants sont des hommes et des femmes, de niveau Bac à Bac +5, issus de formations diverses : écoles de commerce et d'ingénieurs, écoles d'informatique et de communication, universités, IEP, BTS et IUT.

Les stages de moins de deux mois étant rarement indemnisés et peu représentés cette année (recul de 84%), la plupart des résultats sont focalisés sur les stages de 6 mois. C'est l'un des principaux impacts que nous avons relevé et qui explique la croissance du montant de l'indemnisation cette année.

L'analyse d'AJstage

La condition des stagiaires en France a beaucoup évolué ces dernières années, passant du stage café- photocopie à des missions à responsabilités. Les tendances remarquées sur les indemnisations de stages sont à l'image du marché de l'emploi.

La crise sanitaire a fortement modifié les prévisions de recrutements et les intégrations. Le télétravail s'est démocratisé et les plans de recrutement ont changé. Nous avons référencé les principales évolutions qui ont impacté directement ou indirectement l'indemnisation des stagiaires.

Tout d'abord, les stages courts et de terrains ont été pour la plupart annulés (84% par rapport à N-1). Ce sont les stages qui en moyenne sont les moins bien indemnisés (un stage de 6 mois est indemnisé en moyenne 2,6 fois plus qu'un stage de 2 mois).

Les entreprises qui ont continué à recruter l'ont fait sur des missions à responsabilités et qui demandent de faire preuve d'autonomie. L'indemnisation y est par conséquent généralement plus importante.

Pour les autres entreprises, celles qui continuent à recruter sur des missions peu indemnisées, la tâche était plus difficile cette année. Les établissements scolaires proposant d'autres alternatives au stage, certains étudiants, qui une autre année auraient accepté une mission peu indemnisée, ont saisi l'opportunité pour faire autre chose (mémoires, études de cas...).

En parallèle, certains domaines sont rapidement devenus clés, comme les RH pour la gestion de crise ou la mise en place du chômage partiel, ou encore les achats et la logistique.

À l'inverse, certains secteurs ont extrêmement souffert de la crise (événementiel, restauration, tourisme), qui sont souvent ceux qui indemnisent le moins.

Pour finir, certains métiers et formations, comme l'informatique ou le commerce, sont toujours en pénurie : les entreprises continuent la guerre des talents.

L'accès à des aides financières (parents, État...) et le recours à des jobs étudiants ont également fortement évolué en un an. La typologie des stages représentés dans l'étude (principalement 6 mois), la difficulté financière des parents, l'augmentation des aides de l'État et la disparition d'opportunités de jobs (restauration, garde d'enfants...) sont les principales raisons de chamboulement.

Malgré la crise, une évolution positive

Cette année, l'indemnisation des stagiaires enregistre sa plus grosse progression (+45%) depuis le début de notre enquête en 2014. Cela est notamment dû à une forte régression des stages courts (3 mois et moins) qui représentent 6 fois moins de personnes cette année.

En observant uniquement les stages de 6 mois, la progression de l'indemnisation est tout de même de 22%. Certains domaines sont plus impactés que d'autres, positivement : achats (+54%), RH (+32%) ou informatique (+26,5%), ou négativement : finance (-6%), conseil (-4%).

La crise a tué les stages courts

Cette année, nous avons enregistré 6 fois moins de stages courts (jusqu'à 3 mois). Cela est notamment dû à l'incapacité des entreprises à les accueillir ou à la disparition de missions dites terrain (accueil, vente...).

Les rémunérations moyenne en fonction des secteurs

Cette étude révèle que le domaine de l'audit (1248€ ; +14,5%) est passé en pole position devant la finance (1223€ ; -7,33%) et le conseil (1023€ ; -7,21%). Paradoxalement, les secteurs les plus impactés enregistrent les meilleures progressions : luxe (+38.5%), communication (+36%) et tourisme (+25%).

L'immobilier est le dernier du classement avec 675€/mois en moyenne.

Des écarts à prévoir en fonction des structures choisies

L'indemnisation des stagiaires dépend de la structure dans laquelle ils effectuent leur mission.
En 2020, ce sont les associations (+36,5%), les TPE (+28%) et les grands groupes (+20%) qui augmentent le plus l'indemnisation de leurs stagiaires.

Les TPE dépassent même les PME qui indemnisent en moyenne leurs stagiaires 859€/mois.

L'écart entre les écoles de commerce et les universités se réduit !

Même si la formation, à niveau d'études égal, est impactante sur l'indemnisation, l'étau se resserre. L'année dernière, il y avait 17% d'écart entre l'indemnisation en école de commerce et celle en université ; aujourd'hui, la différence n'est plus que de 5%. Les premiers du classement restent les étudiants d'IEP qui touchent 1300€/mois et les derniers les écoles de communication : 726€/mois.

Hors classement, nous retrouvons les étudiants en BTS qui sont en moyenne à 218€/mois. Cette indemnisation, bien en dessous du minimum légal (600,60€/mois), est justifiée car 67% des jeunes concernés ont effectué un stage de moins de deux mois. Légalement, l'employeur n'a pas l'obligation de verser une gratification pour un stage de moins de 8 semaines.

Il vaut mieux travailler en achats qu'en communication !

Au sein même des entreprises, l'indemnisation varie suivant les fonctions occupées (plus de 100% d'écart). Dans le département achats, un stagiaire percevra en moyenne 1400€/mois, contre 669€/mois en communication.

Le télétravail, la nouvelle norme

La crise a impacté 90% des stagiaires interrogés : certains stages ont été reportés (11%) ou les missions ont été modifiées (23%). Pour tous ceux qui ont été maintenus, le télétravail est devenu la norme (74%).

Il vaut mieux faire un stage en Ile-de-France

En Ile-de-France, l'indemnisation moyenne est de 1038€/mois, contre 837€/mois en moyenne en dehors de la région parisienne.

Comment subvenir à ses besoins avec cette indemnisation ?

Cette année, l'indemnisation moyenne des stagiaires s'élève à 992,50€ par mois, 1047€ en ne prenant en compte que les stages de 6 mois.

L'étude révèle que, malgré un recul de 6%, la majorité des stagiaires bénéficient d'aides et d'avantages pour compléter leur indemnisation de stage.

L'aide parentale est en forte baisse (-39%) et celle de l'État en forte hausse (+66%). Cette année, très peu de jeunes (8%) ont complété leur stage par un job étudiant.


Quelle place pour le stage ?

Le stage, outil d'insertion professionnelle, a été fortement impacté par la crise sanitaire. Les fortes augmentations remarquées cette année laisseraient penser que cet outil fonctionne correctement. Or, c'est probablement l'arbre qui cache la forêt.

Lors de son allocution du 14 juillet, le président Emmanuel Macron a déclaré irresponsables les grandes entreprises qui préfèrent prendre des stagiaires plutôt que des apprentis ou des contrats de professionnalisation. En dévalorisant les entreprises qui recrutent des stagiaires, il dévalorise aussi un outil qui aujourd'hui permet à des centaines de milliers de jeunes de découvrir le monde professionnel.

Pourtant le stage est aujourd'hui l'un des principaux garants de la formation professionnelle en France. Avec 84% de recul sur les stages courts, une génération risque d'arriver aux portes du marché du travail sans expérience et l'impact risque de se faire ressentir dans un futur très proche.

Rappel de la loi

Pour rappel, en France, une entreprise est légalement tenue d'indemniser un stagiaire au-delà de 2 mois consécutifs. Le minimum est de 3,90€/heure, soit en moyenne 600,60€/mois. Les entreprises du privé peuvent proposer une indemnisation supérieure alors qu'il n'est pas possible de verser une gratification supérieure à ce montant minimum légal dans le secteur public.


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